Pour son 27ème congrès national, la Société Française de Psycho-Oncologie, SFPO, organise une rencontre sur le thème :
« Inégalités et cancers : les enjeux psychiques».
L’actualité du Plan Cancer 2 réaffirme l’intérêt en Santé Publique de prendre en compte les inégalités sociales face aux cancers et dans l’après maladie. A cette perspective sociale de l’inégalité en santé, la psycho-oncologie intègre les enjeux psychiques préexistants et ceux propres au temps de la maladie cancéreuse. La réalité subjective renvoie aux différences individuelles, aux disparités. Dès lors, de quelle égalité parle-t-on ?
Depuis près de 30 ans, la clinique et la recherche internationale en psycho-oncologie soulignent l’impact des facteurs psychiques en matière de comportements à risque, d’accès au dépistage, de prévention, d’observance et de choix de traitement. Retard au diagnostic, aux traitements, pertes de chance sont à relire à l’aune de la détresse, des troubles psychopathologiques, des addictions, qui modifient l’illusion d’égalité dans le parcours de soin.
Comment prendre en compte cette comorbidité psychique ? Comment articuler les interventions des professionnels (équipes médicales, psychooncologues, travailleurs sociaux) pour repérer ces facteurs d’inégalités et leur fournir une aide adaptée?
Inégalité en santé ? Certains sont atteints, d’autres pas, pourquoi moi ?
Comment les patients, leurs proches perçoivent-ils l’inégalité des chances devant la maladie? Quelles représentations psychiques se construisent-ils à propos de l’origine de celle-ci ? Les recherches épidémiologiques ont mis en évidence l’impact des facteurs socio-économiques sur la morbi-mortalité des cancers, comme celui du soutien social, familial et affectif. Autant de facteurs d’inégalités qui entrent en résonance avec les conditions existentielles et subjectives des patients. Les facteurs génétiques contribuent également à cette disparité clinique, qu’il s’agisse de prédisposition aux cancers ou de réponse aux traitements (oncogénétique, pharmacogénomique). Comment prendre en compte les sentiments d’injustice, de révolte des patients et des proches dans cette distribution du hasard ?
Comment enfin prendre en compte ces perceptions dans la collaboration avec les équipes médicales, et les soutenir ? Cancers rares, cancers professionnels, engagent-ils de la même manière l’effort de la collectivitée et la communauté scientifique ? La souffrance psychique propre aux groupes exposés aux risques ou désignés par la maladie orpheline, doit-elle susciter des prises en charge plus spécifiques ?
La clinique des cancers tout autant que la clinique psycho-oncologique soulignent en définitive, la place de la vulnérabilité psychique, nous invitant à réfléchir à nouveau, entre professionnels et avec les patients, pour explorer tous ces aspects.
La prise en compte rigoureuse des enjeux psychiques dans la relecture des inégalités en santé face aux cancers participe pour nous à l’équité du soin.